Gnose de Théobald Lalanne, dialectométrie et complexité
Overview & Synopsis
L’abbé Théobald Lalanne [1880-1962] est crédité par nombre d’auteurs, dont Jean Séguy [1914-1973], fondateur de la dialectométrie (Séguy 1971, 1973a-b), d’avoir été précurseur en dialectologie quantitative, à travers un rapport de recherches inédit en deux volumes (Lalanne 1949, 1952), qui relatait les conclusions de son terrain pour l’ALG (Atlas linguistique de Gascogne) – atlas pionnier, sur le plan méthodologique et théorique, à bien des égards, outre la somme de données empiriques nouvelles, produites dans le cadre du projet NALF du Nouvel Atlas Linguistique de France, initié par Albert Dauzat. Lalanne avait misé sur l’application de principes mathématiques simples pour aboutir à une computation de la variation dialectale dans le domaine du gascon maritime qui est majoritairement usité dans l’aire chorématique landaise. Alors qu’il recherchait une confirmation quantitative des bourrelets d’isoglosses de la dialectologie classique (ou « néogrammairienne »), il concluait, non sans étonnement, à l’indépendance des aires dans l’espace du sous-dialecte qu’il avait retenu, et qu’il avait arpenté en tant qu’enquêteur de l’ALG. Si computer et cogiter constituent une boucle fondamentale dans la production de connaissances, selon Edgar Morin (1986 : 105-125), alors ce rapport relevant de la littérature grise, rédigé dans un esprit à la fois empirique (collecte des données et observations sur les réalités du terrain, en termes de sociologie et géographie humaine) et expérimental (catégorisations et quantification des variables, vicariance des paramètres, entre phonologie et lexique), constitue une somme exemplaire de travail sur la Méthode et sur la connaissance de la connaissance – une gnose – de tout premier ordre. Car dans l’aporie à laquelle aboutit l’auteur en réalisant une première tentative de quantification de la variation interponctuelle, à la recherche des frontières dialectales au sein d’un sous-domaine interne à un dialecte occitan tel que le gascon, se cristallisent les doubles jeux de la connaissance, dans la relation dialogique qui se trame entre compréhension de la complexité des micro-frontières (explicandum) et explication (explicans) – cf. Morin, op. cit. 142-155). Lalanne fait un usage des plus inventifs d’analogies et de métaphores empruntées aux sciences et techniques de son époque : géologie, stratégie militaire (« fronts invasifs », « replis », « avancées », « déroutes »), tout comme en avait usé avant lui l’un des fondateurs de la dialectologie, Jules Gilliéron [1854-1926], quoique de manière très différente, puisque par bien des aspects, l’approche de Lalanne est (pré)structuraliste (avec une grande attention portée par exemple à la distribution complémentaire des changements sociophonétiques, dans son analyse et computation des données). Lalanne sent bien que la nature des données de son terrain résiste à toute classification. L’intrication, la trame domine partout – ce qui fait de lui davantage un partisan d’un modèle de chaînes que d’un modèle arborescent ; logique qu’il appliquera à plus grande échelle peu après, sur un axe de versant alpes-océan (Lalanne 1951, et voir Fossat 2016 pour une réflexion sur le « parcours » épistémologique de Lalanne).
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Document Information
| Document Title | Gnose de Théobald Lalanne, dialectométrie et complexité |
|---|---|
| Author / Organization | Jean Léo Léonard, Grégory Gélebert |
| Subject & Discipline | Multidisciplinary Academic Open Research |
| Categories | Science & Mathematics |
| Publication Year | 2023 |
| License / Rights | Open Access / Creative Commons |
| Resource Verification | Listed PDF (Verification Pending) |
| Original Host Website |
HAL Open Science
(hal.science)
|
| File Format | application/pdf (Portable Document Format) |
| Language | EN |
| Catalog ID | DOC-185075 |
| Original Source Link | Visit Source Page on hal.science » |